Moins
d'un an après la naissance (en 2004) de RadioScope, la situation d'une radio
était incertaine : Sud Radio. Grande généraliste du Sud-Ouest de la France, la
station périphérique appartenait alors au groupe Pierre Fabre et avait une bonne
position de leader dans son territoire. Début 2005, le groupe pharmaceutique
souhaitait se désengager de la radio qu'elle avait reprise en 1987 (RTL
possédait 20% de son capital, et hébergeait par ailleurs ses studios parisiens
dans ses locaux rue Bayard, d'où étaient réalisé certaines émissions). Un comité
d'entreprise extraordinaire s'était tenu, mettant les salariés dans
l'inquiétude, qui craignaient un plan social.
Le CSA donnera son verdict
en juillet 2005, et à la surprise générale, c'est Sudporters, une holding de
radios régionales indépendantes regroupant le groupe orléanais Start
(aujourd'hui renommé Groupe 1981), Alouette et Radio Scoop, qui rafle la mise,
même si Start et son PDG, Jean-Eric Valli, sont majoritaires dans ce rachat. La
situation est inédite et même rare : une radio périphérique historique est
reprise par un ensemble de radios indépendantes nées à l'époque des radios
libres. NRJ avait, certes, bien racheté RMC fin 2000, mais cela n'avait pas
fait long feu, le CSA ayant estimé que le groupe NRJ aurait eu beaucoup trop de
fréquences en ajoutant celles de ses 4 radios, ce qui la rendait hors-la-loi par
rapport au seuil anti-concentration en vigueur... Ce rachat permettait également
à Start, alors en plein développement, d'agrandir sa couverture en France. Le
groupe rachetait à l'époque bon nombre de locales indépendantes partout en
France : Voltage et Latina à Paris, Sun FM à Lyon (cédée par la suite à Espace
Group), 13 FM à Marseille.. Avec le rachat de Sud Radio, le groupe reprend
également la bordelaise Wit FM, que détenait également Pierre Fabre.
A l'époque, peu de
changements à l'antenne. Sud Radio version Start fait sa rentrée 2005 dans
une certaine continuité avec une concentration de la grille autour de
l'interactivité, l'info, la proximité et le sport, principalement le rugby,
grande spécialité de la station et qui reste un sport très cher dans le
sud-ouest. La saison 2005-2006 sera cependant signe de plusieurs changements au
fil des mois, avec notamment l'arrivée d'Éric Mazet (qui avait officié sur
Vibration et Ado) pour un talk-show interactif d'info, ou encore de Malher pour
le "Malher Circus" en soirée. Le tout orchestré par Bruno Witek, nommé à la
tête de la radio et directeur des programmes des radios de Start. Celui-ci y
restera jusqu'en 2008 pour "résultats insuffisants". A ce départ suivra celui de
Jérôme Delaveau qui dirigeait les programmes.
Après le
départ de Malher en avril 2008, la grille de Sud Radio s'était appauvrit :
après 20h, la radio ne proposait que des rediffusions de la journée, et les
week-ends ne laissent place qu'à peu de direct, excepté pour le sport. La
situation se complique un an plus tard ; le 17 juin 2009, Start est placé en
procédure de sauvegarde. Cela n'empêchera pas Sud Radio de continuer à proposer
des événements sur son antenne et de nouvelles recrues avec de grands noms,
comme le journaliste Michel Cardoze ou encore Philippe Risoli. La rentrée
2010 annonça une grille très riche pour Sud Radioqui renouait avec les
grandes heures de la station, avec l'info, le rugby, l'humour marqué par les
Chevaliers du Fiel et le Duo des Non, tous 2 historiques au sein de la station,
des jeux, et un rendez-vous de musique latino animée par Roberto, animateur sur
Latina dans le même groupe. Cependant, tout basculera l'année suivante...
En janvier
2011, le CSA annonce qu'elle attribue une fréquence pour Sud Radio à Paris !Europe 1 Sport ayant cessée sur le 99.9
quelques mois plus tôt, la fréquence parisienne était remise en jeu. C'est
la première fois dans son histoire que Sud Radio émet dans une ville bien
éloignée de sa zone d'origine, et qui plus est la capitale, qui n'est pas très
« sud »... Paradoxalement, en 1995, la direction de l'époque disait qu'être
entendu à Paris ne les intéressait pas ! L'info avait fait parler dans
l'univers radio, et même fait enrager ses concurrentes RTL, Europe 1 et RMC, qui
avaient déposé un recours au Conseil d'État pour s'opposer à cette nouvelle
fréquence. A noter que Sud Radio s'était vue rejetée une candidature précédente
quelques mois plus tôt pour une fréquence à Paris.
Avec
cette nouvelle fréquence, Jean-Éric Valli développe de nouvelles ambitions
nationales, à commencer par le renommage du groupe Start en Sud Radio Groupe.
Un nom paradoxal pour ce groupe né et basé à Orléans qui s'était construit à
partir de Vibration. Quant à Sud Radio, sa nouvelle grille généraliste
disparaîtra en fin de saison, pour prendre un nouveau virage moins "sudiste" dès
la rentrée 2011...
Le nouveau
Sud Radio se dévoile bien avant la rentrée des autres radios, le 17 août 2011,
quelques jours après le démarrage de la diffusion parisienne. La station se
voulait alors plus orientée talk et moins musicale, et totalement interactive en
laissant une liberté totale de parole à ses auditeurs, quitte à jouer la
provocation. Le slogan, "Ouvrez-la !" voulait tout dire... La nouvelle
grille accueillait notamment Robert Ménard et Pascal Bataille.
Un virage éditorial qui
avait déstabilisé les auditeurs historiques qui ne reconnaissaient plus leur
radio. La liberté de ton donné aux auditeurs donnera très vite de gros dérapages
au bout de quelques jours ; le 22 août 2011, suite à des propos antisémites d'un
auditeur dans l'émission de Robert Ménard le matin, qui avait coupé court à
cette intervention, l'animateur Éric Mazet (photo) lance dans son émission
l'après-midi même la question du jour : "DSK est-il antisémite ?". La station
a ainsi démarrée sa rentrée au coeur d'une vaste polémique. Éric Mazet sera
très vite suspendu puis licencié, et expliquera dans les médias qu'il avait fait
cela sous l'impulsion du consultant qu'avait recruté la station. Cette polémique
provoquera le départ des Chevaliers du Fiel, qui étaient en désaccord total avec
cette ligne éditoriale.
Globalement,
la saison 2011-12 et ce nouveau Sud Radio rencontrent un succès mitigé.
L'audience parisienne de Sud Radio est en dessous des 0,5 % et l'audience
globale est en chute libre. De plus, plusieurs responsables ont quitté leurs
fonctions en cours de saison. La grille sera modifiée en mars 2012, toujours
autour de la liberté de ton. La station recrutera d'ailleurs l'imitateur Gérald
Dahan, quelques jours après son éviction de Rire & Chansons. Cette saison
mouvementée se clôture par une décision radicale : Sud Radio est à vendre.
Parmi les
potentiels intéressés, il y eut notamment TF1 (qui gérait déjà la régie
publicitaire de la station), La Dépêche du Midi, ou encore Marc Laufer,
ex-directeur général de NextRadio, qui semblait être le grand favori.
Certaines rumeurs laissaient penser que ce dernier aurait eu le projet d'en
faire une radio davantage tournée vers l'information économique. Finalement, les
négociations échouent au bout de quelques mois. Pendant ce temps, l'antenne
de Sud Radio tourne avec une grille fortement réduite : beaucoup de tranches
musicales, moins d'émissions en direct, et la disparition du rugby...
La période "Start"
de Sud Radio aura duré presque 9 ans. Le groupe orléanais, rebaptisé
aujourd'hui "Groupe 1981", habitué à gérer des radios musicales, aura eu
beaucoup de mal a imposer Sud Radio malgré de bonnes formules et de bonnes
émissions. Mais la période "Ouvrons-là" aura eu raison des audiences et du
succès de la radio ; il est très difficile de plaire à un public fidèle quand on
change tout de manière radicale, d'autant que le créneau du « talk-info »
interactif avec les auditeurs est déjà pris par RMC depuis 2001, qui s'était
reconstruite à l'époque autour de cela. Sauf qu'à l'époque, ce concept était
encore inexistant en France.
En octobre
2013, Sud Radio trouve enfin
un repreneur : le groupe lyonnais d'expertise comptable Fiducial,
qui met un premier pied dans la radio après avoir lancé le magazine Lyon
Capitale et Lyon Capitale TV. Les nouveaux propriétaires s'étaient engagés à
respecter l'ADN de Sud Radio et reconstruisent la grille progressivement :
retour du rugby et des matchs à l'antenne, davantage d'émissions en direct, et
renforcement de l'information et de l'intéractivité. Fiducial Médias
ambitionne de relancer Sud Radio et de la développer, et le groupe en a les
moyens. A commencer par un relooking qui tourne la page du passé : le logo,
dans un style similaire au logo de Fiducial, abandonne le symbole des Trois
Vallées d'Andorre, lieu des racines de la station.
Sud
Radio retrouve des couleurs généralistes avec un ton toujours très talk et une
nouvelle ligne éditoriale sans langue de bois soulignée par le slogan « Parlons
vrai ». Le rugby retrouve à nouveau une bonne présence à l'antenne, surtout
le week-end, et plusieurs noms connus sont recrutés pour la grille. Parmi
elles, on en retrouvera certaines parties ou « remerciées » de RMC :
Brigitte Lahaie, Alain Marty et son émission de viticulture « In vino » qu'il
présentait sur BFM Business (radio du même groupe que RMC), le journaliste
automobile Jean-Luc Moreau, et Jean-Jacques Bourdin, recruté à la rentrée 2022
peu après son éviction de RMC.
Quant au
développement national de Sud Radio, il s'est accéléré depuis le milieu des
années 2010 grâce au DAB+, la station obtenant une place dans la majorité
des villes où la radio numérique terrestre se déploie. Mais en parallèle,
l'image régionale de la station s'est effacée... Le 26 juillet 2017, le
studio toulousain (situé à Labège, photo ci-dessous) est définitivement fermé
après le journal de 19h réalisé sur place, l'antenne étant depuis produite
entièrement à Paris. Une page de son histoire que Sud Radio avait
définitivement tournée pour en écrire de nouvelles, qui sont certes moins en
phase avec son nom.