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retour sur 20 ans d'actu radio

DE NOUVEAUX RÉSEAUX INDÉPENDANTS ONT ÉMERGÉ

En vingt ans de Radioscope, la bande FM a vu émerger quelques nouveaux réseaux radiophoniques indépendants, qui étaient jusqu’alors des radios locales parisiennes pour la majorité, avec des thématiques bien ancrées. Il y a Ouï FM, Jazz Radio et Sud Radio que nous avions déjà évoqué dans de précédentes rétrospectives ici-même, mais également d’autres radios qui avaient profité du vaste plan FM 2006 du CSA, qui avait réorganisé une grande partie des fréquences, pour se développer au-delà de la capitale.



FG, AMBASSADRICE DE L'ÉLECTRONIQUE

Radio FG a une réputation dans le monde de l’électro et des DJ. Spécialisée dans le genre depuis les années 90, la radio, qui était alors parisienne, avait révélé bon nombre d’artistes devenus aujourd’hui célèbres dans le monde entier. Quand Radioscope était lancé sur le web en 2004, Radio FG avait déjà commencé son développement ; devenue commerciale en 2001, la radio dirigée par Antoine Baduel avait postulé ensuite pour obtenir de nouvelles fréquences dans d’autres villes de France. Les premières villes où FG s’était implantée furent Aix-en-Provence, Amiens, Epernay, Poitiers, Reims et Rennes. Aujourd'hui, elle dispose d’une trentaine de fréquences.

Entre temps, la marque s’était aussi essayée à un développement à l’international sous plusieurs manières ; en 2006, des "Residences FG" étaient proposées en syndication à plusieurs radios électro dans le monde (dont Flaix FM en Catalogne), un rendez-vous hebdomadaire qui proposait des sessions mixs de DJs résidents FG. Avec le développement des webradios, elle avait aussi lancé une déclinaison de son programme avec 6 heures de décalage pour les auditeurs américains. Aujourd’hui, FG dispose d’une antenne à Anvers en Belgique, FG Xtra, et a installé sa déclinaison FG Chic à Ibiza, Berlin, Hambourg et Monaco.

Avec l’arrivée du DAB+, FG a lancé d’autres radios aux musiques électroniques plus spécialisées, à commencer par FG Chic qui propose une couleur nu-disco et chill dans un ton haut de gamme, FG Dance (ex-Dance One) orientée EDM et dance, et Maxximum, qu’elle avait « relancée » en 2020 avec une programmation plus pointue. Cette renaissance est une sorte de boucle bouclée pour FG, Antoine Baduel ayant confié en avoir été un auditeur fan. Et après la disparition brutale de Maxximum des ondes début 1992, Radio FG avait été une sorte de relève spirituelle... Ces nouvelles marques font aujourd’hui de la marque FG un groupe à part entière, baptisé « Maison FG ».

SON - Lancement de Maxximum sur le DAB+ à Paris (23/05/2020)

 



NOVA, UN GRAND MIX EN QUÊTE DE PÉRENNITÉ

Tout comme Radio FG, Nova avait déjà aussi commencé à se constituer un mini-réseau national lorsque Radioscope arrivait sur le web en 2004, et ce depuis la fin des années 90 : Angers, Dreux, Limoges, Montpellier, Nantes et Pau étaient ses premières fréquences. Très avant-gardiste et avec un ton libre conservé, Nova avait une forte réputation au-delà de Paris, et il n’était pas rare que des passionnés de radio et de musique profitaient de leur passage dans la capitale pour enregistrer des heures de Nova, mais aussi de FG.

Nova avait continué d’obtenir de nouvelles fréquences au fil des années, dont une syndication à Bordeaux avec Sauvagine en 2005, puis à Lyon avec RTU en 2015. Mais la suite de son histoire n’avait pas pu se continuer sans son fondateur qui incarnait l’âme de sa radio ; Jean-François Bizot (photo) nous quittait le 8 septembre 2007. Celui qui avait mis sa fortune au service de la contre-culture et de Nova cherchait déjà des investisseurs bien avant pour assurer la pérennité de la radio. Sa famille hérita de la radio, ce qui provoqua quelques conflits qui avaient empêché des projets de rachats. Entre temps, Nova avait pris son indépendance publicitaire en 2012 en quittant le GIE des Indés Radio.

C’est en 2015 que Nova aura un nouveau propriétaire ; l'homme d'affaires Mathieu Pigasse (photo, déjà propriétaire du magazine Les Inrockuptibles. Altice, Vivendi et Reworld Media étaient aussi intéressés, mais non retenus. Nova était ainsi intégrée dans LNEI (Les Nouvelles Editions Indépendantes), groupe avec une ligne éditoriale et musicale proche de l’ADN de la station. L’antenne de Nova ne subira que très peu de bouleversements, bien qu’elle ait essayé d’intégrer quelques émissions plus talk et moins musicales en 2017. Elle ne manqua pas de déborder de créativité à l'antenne lors d'évènements spéciaux, où pour fêter son anniversaire, comme lors de ses 40 ans avec un très long podcast natif très généreux en archives sonores ; "La danse du zèbre" est une écoute vivement conseillée. Mais le passage à la quarantaine, parfois, ne se fait pas sans la fameuse "crise" qui va avec cet âge...

Car les audiences jugées basses de Nova pousseront le groupe Combat (anciennement LNEI) à prendre les choses en main en juin 2023. Jean-François Latour est nommé à la direction de la station, après avoir dirigé l’antenne de Oui FM et permis de remonter ses audiences. Le changement, à la rentrée 2023, est brutal : toutes les émissions sont supprimées, à l’exception de la matinale et du « Nova Club » de David Blot. La programmation musicale du "Grand Mix" devient majoritaire à l’antenne et sans animateurs, et inclut plusieurs tubes "populaires" qui avaient dérangé les auditeurs fidèles de Nova qui ne reconnaissaient plus leur radio. 5 mois plus tard, Nova change à nouveau de directeur avec la nomination de Frédéric Antelme venu de Deezer. La station avait commencé ensuite à faire machine arrière sur sa programmation musicale, et progressivement étoffé sa grille. Pour sa rentrée 2024, Nova accueille Charline Roux (ex-Radio France) pour une quotidienne d'entretiens avec des personnalités dans "Le score", et surprend le monde médiatique en annonçant la recrue de Guillaume Meurice, quelques mois après son éviction de France Inter et de l’arrêt du "Grand dimanche soir" de Charline Vanhoenacker. Pour son émission "La dernière", aux mêmes horaires que son ancienne émission sur France Inter, il est accompagné d’anciens de l’émission, dont Juliette Arnaud et Aymeric Lompret, et d’un ancien humoriste viré de France Inter, Pierre-Emmanuel Barré. Un joli coup pour espérer, avec son développement national, partir à la conquête d'auditeurs.

 

TSF JAZZ, NOUVELLE PARTITION POUR DE NOUVELLES AMBITIONS

Outre Nova, Jean-François Bizot était aussi propriétaire depuis 1999 avec Frank Ténot d’une radio généraliste fondée par le parti communiste dans les années 80, qu’ils avaient transformé en « La » radio jazz de Paris. Le plan FM 2006 du CSA avait permis à TSF d’obtenir des fréquences à Amiens, Laval, Orléans et Poitiers. Mais avant ce début de développement national, TSF disposait déjà d’une fréquence en province, sur la Côte d’Azur ; TSF Nice était une radio locale franchisée qui avait conservé le programme de TSF qu’elle reprenait depuis les années 90.

Après le décès de Jean-François Bizot en 2007, la radio est cédée à Gérard Bremond, second actionnaire de la radio après le décès de Frank Ténot en 2004, et qui en devient l’unique propriétaire. La radio se rebaptise TSF Jazz pour mieux affirmer son positionnement auprès d’un nouveau public qui découvrirait la radio. Depuis, TSF Jazz a poursuivi son développement avec de nouvelles fréquences un peu partout en France au fil des années, sans pour autant bouleverser sa programmation et ses émissions. Son antenne accueillera même des noms connus qui ont carte blanche dans leurs émissions : China Moses, Jamie Cullum, Ibrahim Maalouf (photo), Melody Gardot, Gad Elmaleh, Thomas Dutronc… Preuve que TSF Jazz a su, au fil du temps, s’imposer dans le paysage radiophonique et le monde du jazz.

Une belle revanche pour l'ex-TSF qui, dans les années 90, avait déjà constitué un mini-réseau partout en France en fédérant une trentaine de radios locales. L'une d'entre elles, TSF Calais, avait conservé le nom et l'ancien logo après la reprise de la principale radio en 1999 tout en proposant son propre programme. Elle avait disparue en 2005.

 

ET QUELQUES AUTRES : FRANCE MAGHREB 2, LATINA...

Le plan FM 2006 avait été aussi l’occasion pour d’autres radios de s’étendre. France Maghreb, radio parisienne devenue commerciale en 2002, voulait marcher sur les plates-bandes de Beur FM et Radio Orient qui avaient déjà d’autres fréquences en France depuis longtemps. Elle avait obtenu Amiens, Clermont-Ferrand, Dijon, Orléans et Reims avec un programme diffusé 24h/24, contrairement à Paris où elle a toujours partagé sa fréquence. Et un nom légèrement différent pour ce programme national : France Maghreb 2. Bien que le programme ait peu de différences avec celui de Paris, le nom au « 2 » finira par prendre le dessus, pour devenir le nom officiel de la station.

Du côté du Groupe 1981 (qui était appelé Start à cette époque), les ambitions de développer de nouveaux réseaux étaient aussi présents, après le rachat de Sud Radio. La radio urbaine Ado avait ainsi démarré en 2008 sa première fréquence hors Paris à des centaines de kilomètres plus loin, à Toulouse. Mais les ambitions semblaient avoir été, depuis, mises de côté ; Ado n’avait jamais proposé de programme spécifique pour la ville rose, ni eu d’autres fréquences par la suite. Le groupe avait semblé recentré leur stratégie autour de Latina. La station parisienne dédiée aux musiques latines avait été rachetée par le groupe orléanais en 2006. Et peu de temps après, la station s’installait sur la FM de Limoges. Le réseau se développera très timidement au cours des années 2010 (nouvelles fréquences obtenues à Troyes, Corte, Cannes, Nice…), mais connaîtra un bon coup d'accélérateur grâce à l'arrivée du DAB+, tout comme Ado. La vitesse supérieure sera atteinte avec le démarrage en octobre 2021 des multiplexs métropolitains destinés à couvrir l'ensemble du territoire. Latina y ayant obtenue une place. C'est la seule radio du Groupe 1981 à en faire partie.

 

PARENTHÈSE RADIO, NOUVEAU RÉSEAU EN FM QUI EUT LA VIE DURE

Et puisqu’on est dans le sujet du plan FM de 2006, notons que celui-ci avait permis la naissance d’un tout nouveau réseau indépendant, Parenthèse Radio. Avec une thématique originale : elle était entièrement centrée sur la famille. Elle avait été lancée officiellement le 1er octobre 2007, dans un premier temps en FM à Melun, Meaux, Creil, Clermont-Ferrand et Limoges, et partout sur Canalsat et le net, puis rapidement avec 14 fréquences en tout. 14 heures de direct quotidiens étaient proposés avec des émissions 100% talk tournées sur des sujets tournants autour de la famille (petite enfance, jeunes parents, enfants/ados, sexualité...). Dans l'équipe, on retrouve Christian Spitz (photo) (le fameux Doc de "Lovin'Fun" sur Fun Radio), ou encore Gaëlle Renard (chroniqueuse dans "Les maternelles" sur France 5, et également sur France Inter).

SON - Boucle de présentation diffusée avant le lancement de Parenthèse Radio (septembre 2007)

 

Une radio pleine d’ambitions, mais qui avait connu des difficultés rapidement ; un an et demi plus tard, en février 2009, Parenthèse Radio est en redressement judiciaire, avec des audiences plutôt décevantes. Des problèmes qui laissaient présager un avenir incertain pour la jeune radio qui cherchait un nouveau repreneur. Plusieurs projets étaient déposés, mais c’était celui d’Arthur qui avait été retenu, peu de temps après son rachat de Ouï FM. Avec les fréquences de Parenthèse Radio, l’animateur/producteur voyait une bonne opportunité pour développer la radio rock en national en faisant une syndication entre les 2 radios ; le format de Parenthèse serait maintenu à certains horaires. Mais les oppositions des radios privées concurrentes feront que le CSA annulera en mai 2009 la reprise de la radio par Arthur, la plaçant à nouveau dans une situation difficile, tandis qu’à l’antenne, les émissions en direct avaient cessé pour laisser place à des rediffusions.

Au final, les 8 projets de reprises seront tous refusés par le CSA qui les avait jugés trop éloignés de la thématique de Parenthèse Radio. Sans nouveau repreneur, impossible de continuer. Le 17 juillet 2009, la station annonce ainsi sur son site qu’elle cesse d’émettre. L’aventure aura duré à peine 2 ans. Difficile pour un tout jeune réseau de réussir à se faire une place parmi les grands géants de la FM, déjà bien installés depuis des décennies. D'autant que la station n'avait jamais vraiment communiqué dans les médias extérieurs (presse, affiches, télé etc.). La faute peut-être à un parc de fréquences limité obtenu par la radio en FM, dont l'absence stratégique de Paris ?

 

ET AUJOURD'HUI, C'EST SUR LE DAB+ QUE CA SE JOUE

En parallèle à l’ouverture régulière de nouvelles fréquences FM là où c’était possible, ces jeunes réseaux indépendants observaient d’un œil très attentif l’arrivée d’une alternative avec le numérique. La diffusion partout en France par satellite avait longtemps été une méthode, puis internet, devenu rapidement incontournable puis mobile grâce aux smartphones. Et enfin, l’arrivée du DAB+ en 2014 qui était pour ces radios une opportunité en or pour améliorer leur couverture nationale sur les ondes, ce qui n’était pas forcément chose aisée en FM. D’autres radios locales en avaient également profité : Chante France, Générations, Africa Radio, Radio Alfa, AYP FM, Radio Bonheur, Virage Radio…

L’arrivée du DAB+ métropolitain avait permis la naissance d’un nouveau réseau national thématique, presque 12 ans après la fin de Parenthèse Radio. AirZen Radio était lancée le 12 octobre 2021 par Mediameeting, qui avait déjà plusieurs expériences dans la radio locale et les radios d’entreprises. Avec là aussi une thématique originale : le positif. Une ligne éditoriale qui tombait à pic dans une période post-Covid où les sondages annonçaient un moral en baisse chez la plupart des français. Dès son lancement, la station a pu compter sur la chanteuse Nathasha St-Pier (photo), devenue animatrice d’une hebdomadaire autour du yoga, qu’elle pratique.

Avec une formule mélangeant musique et formats courts, AirZen Radio axe ses programmes autour du mieux-être, de la consommation, du travail, de l’environnement et des initiatives. Et 5 minutes de publicité par heure, consacrée à des marques engagées, un business model inédit. Et pour jouer la carte du bien-être jusqu’au bout, AirZen Radio avait mis en place une diffusion audio sur la fréquence 432 Hz (au lieu du 440 Hz habituel) considérée comme « fréquence de la sérénité ». Un format qui semble apporter des résultats positifs, puisqu’AirZen Radio semble trouver son public.

Les autres nouveaux projets nationaux arrivés en même temps, en octobre 2021, sont issues de marques déjà très connues : BFM Radio permet, après France Info et BFM Business, d’avoir une troisième radio d’information sur les ondes, bien qu’elle ne reprenne que le signal audio de BFM TV. Mais elle met progressivement en place des tranches exclusivement dédiées à la radio. Skyrock Klassiks, elle, est entièrement dédiée aux classiques des musiques urbaines. Et une opportunité pour Skyrock d’obtenir enfin un second réseau pour s’imposer face à ses concurrentes. Enfin, KTO Radio, la dernière arrivée, était lancée le 4 septembre 2023. Une radio catholique déclinée de la chaîne éponyme qui propose ses propres émissions et sa matinale, quitte à faire de l’ombre à l’historique RCF…

Nous pouvons aussi citer l'élégante Crooner, une radio dérivée d'une ancienne émission sur France Inter menée par son fondateur, Jean-François Tuzet. Dédiée à la "variété internationale haut de gamme", elle se distingue par une couleur musicale bien à elle et très identifiée. La chaîne musicale Melody a lancé sa propre radio musicale au ton "vintage" et qui a développé récemment sa propre grille, Radio Pitchoun, née dans le sud-ouest, est l'actuelle seule radio dédiée aux enfants sur les ondes, tandis que la nantaise Euradio s'est développée dans d'autres grandes villes avec des décrochages locaux pour parler de l'Europe autrement...

Ces radios, aujourd’hui, se sont fait leur place dans le paysage radio. Ou se la font progressivement, au fil du temps, tant bien que mal pour certaines… Dans tous les cas, les réseaux historiques que sont RTL ou NRJ doivent aujourd'hui cohabiter avec des nouvelles nationales thématiques, ce qu'elles avaient tenté d'empêcher dans le passé. Le DAB+, entre temps, en a apporté de nouveaux. Reste à voir lesquels vont perdurer. Car, je l’avais déjà dit, la radio numérique a encore beaucoup de chemin à faire pour se faire connaître du public. L’univers radio sera-t-il le même dans 20 ans ? Ce qui est sûr, c’est que celui d’il y a 20 ans a changé, et s’est enrichi…

  
 

 

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