Avec le temps qui passe, la radio a-t-elle vraiment perdue de
l’intérêt ? Pas sûr… Si l’arrivée de la télévision puis d’internet et des
plateformes de streaming ont pris un peu de son public, la radio est restée
un média incontournable pour beaucoup de raisons que nous connaissons tous
(pour la compagnie qu’elle nous apporte, pour sa mobilité etc.). Mais le
média était devenu, au fil du temps, moins médiatisé que ses concurrentes, la
télévision en tête. Mais au cours de ces 20 dernières années, nous avons pu
voir se mettre en place quelques évènements devenus réguliers avec une volonté
commune : redonner à la radio ses titres de noblesse auprès du public !
JOURNÉE MONDIALE DE LA RADIO
L’un
d’entre eux a été initié par l’UNESCO en 2012. Suite à une proposition de
l’Académie Espagnole de la radio, son conseil exécutif avait recommandé de
proclamer le 13 février journée mondiale de la radio.Une date qui
n’était pas choisie au hasard : il s’agit de la date de la création de la Radio
des Nations Unies en 1946. Et accessoirement veille de la Saint-Valentin,
une autre bonne raison pour partager notre amour de la radio. Ce que beaucoup de
professionnels ne se gênent pas de faire sur les réseaux sociaux en partageant
beaucoup de leurs archives et souvenirs personnels pour partager ce qui leur
avait fait aimer la radio.
Cette
initiative est venue suite à un fait : bien que la radio soit accessible et
mobile, un milliard de personnes dans le monde n’y ont toujours pas accès. A
travers cette date, l’objectif est de sensibiliser le public et les médias à la
valeur de la radio, encourager les décideurs à développer l’accès à
l’information radiophonique, et renforcer les liens mondiaux et la coopération
internationale entre radiodiffuseurs. 91% des consultés (radios, ONG,
institutions, universités…) avaient répondu être favorables au projet. Plusieurs
organisations radio du monde entier avaient même écrit à l’Académie espagnole de
la radio pour exprimer leur soutien, notamment la BBC, Radio Vatican, l’URTI,
les Unions de Radiodiffusion d’Europe, d’Afrique, d’Asie, du Pacifique, des
États Arabes…
La première journée mondiale de la radio eut lieu le 13
février 2013. De nombreuses radios du monde entier participent à
l’évènement, de différentes manières (émissions spéciales, portes ouvertes de
leurs locaux et studios au public…). Pour cette première, l’UNESCO avait
accueilli dans son siège 7 radios internationales qui avaient diffusé en direct
sur place : RFI, Monte-Carlo Doualiya, Radio Orient, BBC World Service,
Radio Chine Internationale, Radio Exterior de España et la Voix de la Russie.
Une expérience renouvelée les 2 années suivantes, avec notamment en 2015 une
ouverture de l’UNESCO au public avec des débats au programme et la
projection du film « Radio Favela » de Helvecio Ratton. Le nombre de radios
présentes sur place s’était agrandi : RFI, Monte-Carlo Doualiya, Radio Orient,
Radio Campus Paris, Vivre FM, RGB 99.2, Radio VL pour la France, COPE et le
groupe Prisa pour l’Espagne, Radio Chine International, GB Times, WNYU (radio
universitaire de New York), les radios jordaniennes Farah al Nas et Yarmouk FM,
et plusieurs radios africaines (Base FM, Kyela FM, Mwanedu FM, Radio Atlantis,
Radio Mafeteng, Radio Moanda, Zambezi FM). Ce type d’évènement ne sera pas
renouvelé à l’UNESCO les années suivantes.
Quelques radios en direct de l'UNESCO lors de la Journée mondiale de la radio de
2015 : RFI, Radio Orient, Farah Al Nas et WNYU
(crédit photo : Radioscope.fr - photos personnelles)
La Journée mondiale de la radio se renouvelle chaque année
en mettant en avant la radio à travers un thème valorisant une de ses qualités,
avec une partie dédiée sur internet pour recenser les évènements proposés par
chaque radio dans le monde, des échanges de programmes, et une mise en avant de
quelques statistiques et historiques en lien avec le thème sur les réseaux
sociaux. Les thèmes proposés ces dernières années :
2014 : Égalité des sexes et autonomisation des femmes à
la radio
2015 : jeunesse et radio
2016 : la radio en période d’urgence et de catastrophe
2017 : "la radio, c’est vous"
2018 : radio et sports
2019 : dialogue, tolérance et paix
2020 : la diversité (dans les diffuseurs, rédactions et
programmes)
2021 : 10 ans ; évolution, innovation, connexion
2022 : radio et confiance
2023 : radio et paix
2024 : le passé, présent et l’avenir de la radio
La journée mondiale de la radio à aussi permis de connecter
plusieurs radios entre elles. Par exemple, la radio marocaine Radio 2M avait
proposé pour le 13 février 2020 une émission commune de 24h avec les migrations
comme sujet majeur, en lien avec le thème de la diversité. Un évènement
proposé par 24 radios de 24 pays africains. A une autre échelle, plus régionale
en France, les 14 radios associatives membres des Pays de la Loire ont organisé
plusieurs années de suite une semaine spéciale en ouvrant leurs portes au public
pour des émissions spéciales et des ateliers radio. En 2019, un appel avait
été lancé pour que de nombreuses radios dans le monde diffusent au même moment,
à 17h10 (heure de Paris), "Radio Ga Ga" de Queen pour tenter un record du monde.
En France, RTL2 avait joué le jeu, et même la sœur Fun Radio qui avait eu la
bonne idée de diffuser en remix, pour rester en phase avec sa couleur dancefloor.
LA FÊTE DE LA RADIO
Autre
célébration de la radio annuelle, plus nationale, celle de la Fête de la
Radio qui avait été initiée par le CSA (aujourd’hui renommé Arcom) en 2021.
Une idée lancée par son président Roch-Olivier Maistre en janvier 2020 sur
Twitter en interpellant tous les principaux acteurs de l’univers radio qui
avaient tous répondu favorablement pour célébrer le média et son rôle
d’accompagnant dans le quotidien des français.
La première Fête de la Radio était l’occasion d’un
double-anniversaire : 2021 était, d’un côté, l’année des 100 ans de la
première radiodiffusion depuis la Tour Eiffel, et de l’autre celle des 40 ans de
la libération de la bande FM qui s’était ouverte aux radios libres et
privées. Elle s’était tenue durant une semaine, du 31 mai au 5 juin 2021
avec un programme très chargé ; de très nombreuses radios, nationales comme
locales, avaient apporté leurs pierres à l’édifice (journées portes ouvertes,
émissions en direct et en public, programmes spéciaux, sensibilisation de la
radio auprès des jeunes…). Sans oublier le DAB+, en plein développement, qui
était aussi abordé.
A
cette occasion, l’INA avait proposé une web-série autour de l’histoire de la
radio tandis que Laurent Ruquier avait proposé sur France 2 une émission
spéciale des "Enfants de la télé", rebaptisée pour l’occasion « Les enfants
de la radio », ainsi qu’une spéciale de "On est en direct" un samedi soir
pour les 100 ans de la radio en réunissant en plateau plus d’une vingtaine de
grandes voix de la radio. Et en point d’orgue, un colloque organisé le
1er juin 2021 à la Maison de la Radio et de la Musique de Radio France sous
forme d’une émission retransmise en ligne réunissant des voix de diverses radios
pour échanger sur l’avenir du média, agrémenté de quelques prestations musicales
(dont Eddy de Pretto, Soolking, Louane, Grand Corps Malade…)
"La radio fait son show" à l'Auditorium de Radio France
(crédit photo : Radioscope.fr - photos personnelles)
Une
fête pour rendre hommage à la radio, ses acteurs, son histoire et son avenir, et
qui avait besoin d’exposition. Et qui convaincra le CSA de pérenniser cette
Fête de la radio qui est devenue annuelle, en se tenant 2 jours par semaine aux
alentours de début juin. On a ainsi vu à cette occasion certaines radios
contribuer à la fête de différentes manières : certaines nationales comme RTL2
offraient des postes DAB+, d'autres radios racontaient leurs histoires et
origines, l'alsacienne Top Music était partie offrir des roses en 2021 à
quelques radios voisines (Virgin Radio Strasbourg, France Bleu Alsace et NRJ
Strasbourg), où Citéradio à Tours proposait une semaine spéciale riche en
interviews de professionnels et de passionnés du monde de la radio (dont votre
serviteur). Et Difool, dont les interviews sont rares, en avait accordé deux
à France Bleu et France Inter !
RADIO RESTOS
Une
autre grande fête de la radio s’organise chaque année sous la forme d’une
webradio qui émet 48 heures par an, et pour une bonne cause : les Restos du
Cœur. En 2020, on apprenait qu’une trentaine de stars de la FM, toutes
radios et générations confondues, seraient réunies pour faire des émissions
spéciales ensemble et en direct durant tout un week-end, le tout pour
mobiliser les auditeurs et récolter un maximum de dons pour aider les Restos du
Cœur. Son nom : "Radio Restos". Avec au programme : des "revivals"
d’émissions radios cultes, le retour d’anciennes voix comme Arthur au micro, des
émissions musicales dans tous les styles, d’autres autour de l’histoire de la
radio, des libre-antennes, des nuits mixs… Sans oublier d’évoquer les Restos du
Cœur sous forme de flashs infos toutes les heures avec des reportages réalisés
par les étudiants du Studio École de France.
Une
belle idée inédite initiée par Laurent Petitguillaume qui lui tenait à cœur et
qu’il avait en tête depuis une dizaine d’années, accompagné par Manu Lévy et
Bruno Guillon. D’autant que l’idée des "Restos" était née à la radio au
micro de Coluche sur Europe 1 en 1985. Une "petite idée" qui avait vite grandie.
Quoi de plus logique, donc, que la radio se mobilise pour les Restos…
L’objectif de "Radio Restos" était de pouvoir collecter de l'argent pour payer
des camions frigorifiquesafin de transporter des denrées périssables et
des produits frais dans les centres des Restos du Coeur, alors que la
demande d’aide alimentaire ne fait qu’augmenter et que les véhicules déjà
utilisés sont vieillissants, en sachant qu’un camion frigorifique coûte en
moyenne 400 000 euros.
La
première édition, qui avait lieu du 2 au 4 octobre 2020, avait réuni une
trentaine de voix et s’était terminée avec près de 300 000 euros récoltés qui
avaient permis le financement de 7 camions. Un succès et un grand engouement
de la part du public et des animateurs qui avaient motivé les équipes à
renouveler l’opération. Radio Restos a donc poursuivi les années suivantes
aux alentours de fin septembre / début octobre, avec toujours les mêmes formules
tout en essayant de renouveler la grille. Car, avouons-le, Radio Restos est
aussi l’occasion de créer des grilles de programmes radio "ultimes", auxquels on
peut ajouter une plus grande liberté de ton des animateurs grâce à la diffusion
sur le web, sans les contraintes de la FM.
La cinquième session de 2024, pour la
quarantième campagne
des Restos du Cœur, était mobilisée pour la petite enfance en finançant un
maximum de "kits bébés" (boîte de lait, paquet de couches et petits pots),
la précarité alimentaire étant en hausse et affectant les moins de 3 ans (1
enfant sur 5 en France vit sous le seuil de pauvreté). Plus de 659 000 euros
ont été collectés à l’issue de cette édition de "Radio Restos". Et les
éditions suivantes sont attendues avec impatience par beaucoup de fans de radio…
Celle de 2025 devrait annoncer quelques surprises, notamment une reprise
partielle de quelques émissions en FM ; Manu Lévy avait déjà annoncé en direct
pendant l’émission d’Arthur avoir eu l’accord de Gaël Sanquer, directeur délégué
des radios du groupe NRJ.
WE LOVE RADIO, PAR TDF
Le
9 novembre 2011, TDF avait fêté les 30 ans de la libération de la FM avec une
soirée de 2 heures baptisée "We love radio", et retransmise à Paris sur
107.9 et sur internet, pour recréer "l'esprit pionnier des radios libres". Un
évènement animé par Ariel Wizman diffusé en direct de 20h30 à 22h30 depuis le
Batofar, fameux café-concert parisien sur une péniche qui pourrait être un
bon clin d'oeil aux radios pirates offshores, et qui était l'occasion de revenir
sur cette époque où tout était permis sur les ondes, mais aussi de se tourner
vers les évolutions et l'avenir de la radio.
Un
évènement qui était soutenu par RTL, Europe 1, RMC, Radio France et le ministère
de la culture de la communication, ce qui le rendait assez paradoxal, alors
que ces radios étaient en concurrence frontale avec les radios libres, sans la
présence des radios privées qui avaient démarré à cette période... Rémy
Bouton, un des principaux acteurs des radios pirates à la fin des années 70,
trouvait cette initiative de la part de TDF "obscène" et "indigne au
nom de la liberté, de l'innovation et de l'histoire" : "Alors bien sûr
vous avez des salariés à nourrir, des actionnaires à rétribuer et des clients à
satisfaire, bien sûr le monde change et il faut évoluer avec lui, mais ce ne
sera jamais une raison suffisante pour insulter l’histoire et ceux qui l’ont
construite, comme vous vous apprêtez à le faire ce soir."
(source : Schoop.fr)
Des initiatives, il y en a sûrement encore d’autres qui ont
existé, avec toujours le même objectif : raviver la flamme de la radio !
On peut citer le Salon de la Radio qui se tient chaque année pour réunir les
professionnels de la radio (aujourd'hui baptisé "Paris Radio Show").
Plus ancien et avant Radioscope, Skyrock avait initié avec Libération une grande
"Fiesta des radios libres" en octobre 1991 pour les 10 ans de la libération de
la FM et qui fût retransmis sur Skyrock avec un sacré programme
réunissant toute la FM : un jeu du casino des fréquences, des interventions en
direct, des archives sonores non-censurées... le tout pour enterrer la hache de
guerre le temps d'une soirée ! On aimerait revoir encore plus souvent nos radios
enterrer cette hache pour célébrer le média...