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retour sur 20 ans d'actu radio

COVID-19 : LA RADIO, CONFINÉE, S'ADAPTE

En entrant dans l'année 2020, nous ne savions pas encore que nous allions entrer dans une période très particulière... On commençait à entendre parler d'un virus qui se propageait à vitesse grand V dans le monde entier, et de noms qu'on allait entendre plus d'une dizaine de fois par jour : coronavirus, Covid-19, épidémie.... Des mesures de sécurité commençaient à se mettre en place, et à changer certaines habitudes. Le dimanche 15 mars, la France passait au stade 3 de l'épidémie. Les radios, comme partout ailleurs, étaient impactées sur les règles sanitaires et les programmes. A l'extérieur, l'ambiance paraissait anormalement vide. Je me souviens encore, en rentrant chez moi ce jour-là, écouter une animatrice d'une radio musicale terminer son émission par ces mots : "Je vous dis à demain, peut-être, j'espère..." Sensation très bizarre qui s'ajoutait à cette impression de vide à l'extérieur...

Le lendemain, la semaine démarrait avec des programmes déjà modifiés, tandis que le confinement allait être officiellement annoncé par le gouvernement le mardi 17 mars à midi. Sur RTL, Laurent Ruquier assurait ses "Grosses Têtes" pour la première fois sans public, tout comme Cauet sur NRJ qui maintenait son direct. A Fun Radio, l'équipe de "Bruno dans la radio" est confinée, chacun en direct de chez eux, sauf Bruno Guillon qui était présent en studio. A Radio France, priorité était faite à l'information. Sur France Inter, l'émission "Grand bien vous fasse" s'était élargie pour une édition spéciale sur la vie quotidienne pendant l'épidémie, puis la grille avait été remaniée pour renforcer les tranches infos des matins, midis et soirs, et des rediffusions le reste du temps. Idem sur France Culture qui retransmettait la matinale de France Inter, tandis que France Info mobilisait toute son antenne. France Musique, quant à elle, avait choisi de suspendre ses programmes pour laisser place à un fil musical, la station ayant voulu être une bulle d'oxygène dans ce climat difficile. A RTL, la grille était maintenue, mais le contenu des émissions bouleversé pour donner la parole aux auditeurs. Idem chez Europe 1 et RMC. Des experts santé interviennent, et certaines émissions proposent des idées pour mieux gérer notre vie confinée. Les locales des réseaux nationaux, elles, avaient été fermées par mesure de sécurité.


La matinale d'Europe 1, à l'époque par Mathieu Belliard, en direct depuis son garage avec les bases de la radio : une table et un micro

Manylam Mao sur Lyon 1ere (crédit photo : BFM Lyon)

On assistait ainsi à une nouvelle forme de radio : celle faite à la maison, avec les moyens techniques du bord, souvent fournis par la radio aux équipes. On eut ainsi notamment des récits de Franck Ferrand depuis son salon, où la matinale de Mathieu Belliard sur Europe 1 depuis son garage ! Et plus insolite : une animatrice de Lyon Première, Manylam Mao, s'était littéralement confinée dans les locaux de la radio ! Avec l'accord de sa direction, elle avait vécu la pandémie enfermée au sein de la radio avec la volonté « d'apporter de la vie » sur les ondes.

Des ajustements dans la précipitation qui allaient perdurer encore quelques temps. Et c'était à ce moment là qu'on se rendait le mieux compte de la force de la radio : jamais elle n'aura été autant une compagnie importante que durant la pandémie. Notamment les radios locales qui étaient nombreuses à se réorganiser et à proposer à distance des programmes d'information de la situation sur leurs territoires, et à jouer leur rôle en matière de proximité et de lien social. Mais au détriment d'une perte de certaines de leurs activités, notamment les ateliers radio en milieu scolaire pour les radios associatives. Elles auront tout de même eu la consolation de savoir que le ministère de la Culture avait accepté de repousser la date limite du dépôt des dossiers pour les demandes de subventions du FSER (Fonds de Soutien à l'Expression Radiophonique), compte tenu du contexte sanitaire.

Mais le secteur qui a été le plus impacté par la pandémie est évidemment celui de la santé : les personnels soignants se sont retrouvés submergés et épuisés face au nombre croissant de malades. Des "héros du quotidien" que nous étions nombreux à applaudir chaque soir depuis nos fenêtres, et qui avait initié quelques initiatives. Parmi elles, RFM avait lancé une cagnotte solidaire sur le site Leetchi, destinée à soutenir la fonction publique hospitalière. NRJ était aussi mobilisée en lançant le "NRJ Big Action", un appel aux dons aux auditeurs au profit de l'association SPS qui intervient en faveur des professionnels de santé avec des psychologues formés pour les écouter. Des stars y avaient aussi participé en mettant en jeu des objets personnels. NRJ avait ensuite mis en place une webradio musicale en soutien au personnel hospitalier, "Héros", qui relayait initiatives solidaires, appels à l'entraide et informations pratiques, accompagnés de messages de soutiens. France Culture, de son côté, avait mis en place une webradio dédiée aux patients, "Culture & compagnie", pour leur offrir une sélection de programmes réconfortants et inspirants, en association avec l'AP-HP.

A l'antenne, les radios ne manquaient pas d'idées ni de bonnes initiatives. Pour citer l'exemple de Nova, la station du "Grand Mix" avait chamboulé et revu sa grille pour imaginer le monde d'après autour du mot d'ordre : "fermons les portes, pas les esprits !". Les auditeurs étaient conviés à partager leurs morceaux favoris et inspirants, tandis que dans son émission de l'après-midi, Marie Bonnisseau proposait pour occuper les enfants d'envoyer leurs dessins en s'inspirant de pochettes d'albums qu'elle proposait sur les réseaux sociaux. Quelques semaines plus tard, Nova avait mis en place en soirée une quotidienne constituée d'échanges d'émissions issues de radios du monde entier. Beaucoup de radios musicales s'étaient aussi mobilisées face à la fermeture des salles de spectacles et de concerts, et dont l'avenir était incertain, même après le déconfinement. Si on ne pouvait plus aller voir des concerts, c'était alors les concerts que la radio amenait directement chez nous. NRJ et Virgin Radio, notamment, avaient organisé des concerts virtuels retransmis sur leurs antennes, en réunissant plusieurs artistes en live depuis chez eux. Virgin Radio qui, par ailleurs, avait rapidement mis en place une émission spéciale pour donner la parole aux auditeurs : "Toujours ensemble" de 18h à 20h, animée par un des animateurs de l'époque, Victor Leclerc, depuis sa Normandie natale où il s'était confiné.

Pour citer quelques autres exemples d'initiatives locales, Radio Clapas à Montpellier enrichissait sa grille d'émissions éducatives, Fréquence Sillé dans la Sarthe proposait des dictées quotidiennes en invitant les auditeurs à se brancher à 11h et 14h, puis à retrouver les corrigés sur le site internet de la radio. Des radios temporaires fleurissaient aussi sur la FM, souvent dans des petits villages, pour offrir un outil de communication accessible, comme à Yrronde-et-Buron (63) avec l'éphémère Radio Virus, qui avait émis 2 mois et diffusé ses podcasts en ligne via Arte Radio. Il y eut aussi Radio Houlala à Sablé-sur-Sarthe qui offrait un mélange de musiques, de théâtre et de poésies, en soutien au monde du spectacle. On avait vu aussi d'autres projets éphémères en ligne, comme "Stay at Home Radio", une webradio temporaire toulousaine conçue par et pour les confinés et qui diffusait plusieurs podcasts produits à la maison et qui donnait la parole aux acteurs du confinement.


Sur les réseaux sociaux, certaines radios ne manquaient pas d'imagination pour détourner leurs logos afin de rappeler les gestes barrières

Cette période "hors du temps", nous en sortions très doucement après le 11 mai 2020, lorsque le déconfinement était annoncé. Les grilles habituelles commençaient à reprendre place sur les ondes, les studios nationaux et locaux rouvraient progressivement... Pour célébrer ce déconfinement, France Inter avait annoncé une surprise : le retour d'Édouard Baer à la radio, qui avait repris son émission "Lumières dans la nuit" qu'il avait animé durant la saison 2018-2019. Un "rendez-vous consolatoire et jubilatoire", selon la directrice d'Inter d'alors, Laurence Bloch.

On pouvait sortir, mais le monde d'avant n'était pas opérationnel à 100%. Les salles de spectacles et de concerts, qui rassemblaient du monde dans des espaces réduits, ne pouvaient pas encore rouvir, ce qui engendrait des incertitudes sur l'avenir de plusieurs salles. Les discothèques et la scène électronique en faisaient partie. Radio FG s'était ainsi beaucoup impliquée en leur faveur en lançant l'opération "FG for DJ's", un appel aux dons pour venir en aide aux Djs français et aux entreprises liées à la scène électro. Son antenne s'était dès lors davantage ouverte aux Djs pour des sessions mix à distance. Radio FG profitera même de la fête de la musique, le 21 juin, pour proposer 36 heures de mixs exclusifs sur ses 3 radios (Radio FG, FG Chic et Maxximum). Radio France s'était aussi mobilisée pour offrir un espace aux artistes et à la musique pour le 21 juin, en mobilisant toutes ses antennes pour des heures de concerts chez soi ; chanson française sur France Bleu, rap féminin sur Mouv', musique classique sur France Musique, jazz, création et vinyles variés sur Fip, et toute une journée depuis l'Olympia sur France Inter.

Les cinémas avaient aussi du mal à reprendre dans cette période. C'est ainsi qu'on commençait à voir fleurir des cinémas "drive-in" un peu partout en France pour faire revivre le cinéma « à l'ancienne et à l'américaine », en extérieur depuis sa voiture. Et quoi de mieux pour avoir l'audio du film dans sa voiture... que l'autoradio ! Le CSA accordait ainsi des autorisations d'émettre en FM à très faible puissance pour ces drive-in, la FM permettant une diffusion du son en temps réel sans décalage. On comptait une centaine de fréquences autorisées entre mai et décembre 2020 ! Ces initiatives de drive-in perdureront les années suivantes, et encore un peu de nos jours.

La radio avait ainsi repris son cours normal dans ce qu'on appelait "le monde d'après". Même les publicités, qui s'étaient montrées plus sobres durant le confinement (ce qui n'était pas si désagréable...). Une période durant laquelle la radio avait montré sa force et sa capacité d'adaptation en situation de crise. Quelles que soient les radios, toutes avaient pour mot d'ordre d'être à nos côtés, proches de nous. Malheureusement, tout cela semble s'être perdu depuis, l'audience globale de la radio étant en baisse selon les sondages Médiamétrie. (73,6 % d'audience cumulée en mai-juin 2020, 68,1% 4 ans plus tard...).

Pour conclure, je voulais ressortir l'exemple intéressant du Japon où la radio est habituellement un média à faible ampleur et très peu populaire chez les jeunes. Durant le confinement, elle avait connue dans le pays une belle renaissance avec une forte hausse d'audience : (+21% en quelques mois !) en attirant un nouveau public qui n'avait pas ce réflexe de l'écoute. Des études avaient été mêmes réalisées pour démontrer les bienfaits de l'écoute de la radio sur le cerveau, et plus particulièrement la zone qui contrôle la mémoire et l'audition. Mais les professionnels de la radio restaient réalistes, convaincus que cette popularité de la radio s'arrêterait avec la pandémie, bien que beaucoup espéraient qu'elle perdure au Japon. Un manga qui se déroule dans une station de radio, "Born to be on air", avait d'ailleurs eu droit à une adaptation en animé à la télévision.


Le studio de Radio Nikkey en mai 2020, avec les animateurs Mariko Kato et Youichi Ito, présentateur de l'émission "Round Up World Now !"
(crédit photo : Radio Nikkei)

  
 

 

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